Chaque trimestre,Chorus publie trois à cinq rencontres de quatre ou cinq pages, sur des chanteuses et chanteurs, qui jouissent d'une notoriété certaine ou mènent une carrière ponctuée par de nombreux albums. Gros plan aujourd'hui sur M, dont un double album "live", Le Tour de M, témoigne de ses prestations scéniques hors du commun

Mister Matthieu et Dr M

Avec sa haute voix étrange et son look qui ne l’est pas moins, M (Matthieu Chedid pour l’état civil) a imposé en une poignée d’années et deux albums son personnage kitsch jailli d’une improbable bande dessinée.
Plutôt réservé dans la vie, il en reste le premier surpris. Surpris, mais conscient que l’émergence de son succès foudroyant vient de la scène, où chacune de ses prestations s’apparente de plus en plus à une "perforMance".
En témoigne avec bonheur le double album live sorti le 22 mai dernier, Le Tour de M, enregistré au cours de la centaine de concerts qu’il a donnés dès octobre 1999.
Né en région parisienne où vont se dérouler son enfance et son adolescence, Matthieu Chedid se passionne pour le dessin dès l’âge de cinq ans et, plus particulièrement, pour la bande dessinée. Il va en lire et, surtout, en créer, jusqu’à ce que sa découverte de la guitare l’en détourne vers ses douze-treize ans. Logique : de prestigieux musiciens et chanteurs défilent dans la maison. Mais bien plus que son chanteur de père, ce sont les musiciens, leur côté "héroïque", qui excitent son imagination. Le déclic se produit un jour où il balbutie de la musique avec ses amis Julien Voulzy et Pierre Souchon – les futurs Cherche Midi – dans la maison familiale de celui-ci. De passage, David Mc Neil montre à Matthieu deux accords de guitare et le gamin s’enflamme : "Il m’a fait découvrir le mi mineur et le la, et je suis resté quatre heures à les jouer avec une allumette comme médiator."

PREMIERS GROUPES

Quelques cours de guitare après, il s’emballe pour le rock et un certain Jimi Hendrix, s’imprègne des Beatles et monte un premier groupe – les Bébés fous – avec ses amis Pierre et Julien. A cette aventure qui va durer trois ans succédera la rencontre de deux futurs complices : le batteur Maxime Garoute et le bassiste Mathieu Boogaerts, qui commence à composer des chansons. Avec ce dernier, il monte Tam Tam : "C’était Mat Mat à l’envers, d’après nos prénoms. Mathieu a souvent des idées comme ça... Il était plutôt le compositeur-chanteur et moi le musicien. On squattait le studio de mon père, on a fait plein de morceaux et de maquettes ensemble, mais on n’a jamais donné de concerts. On avait quinze ans."
Cet apprentissage technique en autodidacte va offrir au jeune homme une belle autonomie. Il fait alors la connaissance de Pierre Boscheron (il signera les ambiances sonores du premier album), qui possède une cave où se côtoient de nombreux musiciens : "Beaucoup font partie du noyau dur de ma bande ; là, j’ai joué souvent et en groupe, et j’ai exercé énormément l’instrument..." L’instrument, c’est d’abord la guitare, mais Matthieu ajoute : "L’acquis musical atteint avec un instrument, on peut facilement le transmettre à d’autres ; comme je n’ai pas de complexes et que je ne me prends pas suffisamment au sérieux, je n’ai aucun mal à toucher n’importe quoi, sans être très performant. Ça permet justement, par défaut, d’aller à l’essentiel."

Il remplace, bientôt, le guitariste d’un groupe de blues-rock (Jane X Band) avec lequel il part en tournée pour un an et demi, à quelques pauses près : "On est allé beaucoup en Allemagne et en Alsace. C’était vraiment un groupe de clubs, de bars... Du roots, avec des bières et des mecs assis sur les tables, l’esprit Blues Brothers, galères comprises. Ce qui me donne peut-être une consistance aujourd’hui : rien ne m’a été prémâché, j’ai eu une évolution naturelle." Avec une "honte absolue" vite oubliée : le bac, auquel il a renoncé pour cette tournée, six mois avant l’examen.

L’expérience passe aussi par des choeurs en studio sur le"Roulez jeunesse"de Chedid père en 1988, puis comme guitariste dans Ces mots sont pour toi, quatre ans plus tard. Mais sa première expérience du genre, il l’a faite, auparavant, dans un disque de Philippe Chatel, puis dans celui de Nina Morato. Avant son premier album, il a aussi joué avec Faudel et lui a composé des morceaux : "Il avait alors quinze ans, il faisait des reprises dans les mariages avec son groupe, Les Etoiles du raï. J’ai participé à ses premiers concerts, mais je commençais à bifurquer vers mes propres trucs." Plus tard encore, Matthieu participera également à un disque de Jane Birkin.

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