La musique selon Mathieu
Aime chedid
Longtemps, on les a appelés
les Bébés fous. C'étaient les fils-musiciens de Souchon,
Voulzy et chedid. Voici comment ce dernier, alias M, est devenu un superhéros.
M apparaît toujours
vêtu d'une veste kitsch d'un rouge clinquant, avec sa guitare électrique
couleur bleu furieux en bandoulière et cette drôle de coiffure
en M qui n'appartient qu'à lui: deux grosses mèches latérales
dressées et une troisième, au centre, qui descend entre les
yeux. «Cette allure de superhéros me permet de me mettre psychologiquement
en condition, explique-t-il. Mais je ne joue pas vraiment un rôle, je
ne deviens pas tout à fait un autre, ce personnage fait aussi partie
de moi.» Ainsi paré, depuis trois ans M chante ses propres chansons
et fait rugir ses cordes électrisées dans les petits théâtres
parisiens, du New Morning à la Guinguette pirate en passant par le
Divan du Monde, et les salles exiguës de province.
Avant de signer d'un «M» qui veut dire «Mathieu»,
le fils chedid a longtemps travaillé ses accords de guitare en reprenant
les morceaux grandioses de Jimi Hendrix. La pratique n'est venue qu'ensuite,
à l'adolescence, lorsqu'il s'adonnait au tapage diurne en compagnie
de ses amis de toujours: Pierre Souchon et Julien Voulzy. Réunis tous
les week-ends dans une maison perdue de la Loire, les Bébés
fous faisaient du bruit sous les regards complaisants de leurs papas chanteurs.
Quelques années plus tard, Pierre et Julien ont monté un groupe
(le Cherche-Midi), tandis que Mathieu chedid menait une carrière de
simple guitariste, participant à une vingtaine d'albums, ceux de Jane
Birkin, Nina Morato, Sinclair, Philippe Chatel, NTM, Louis chedid et autres.
Au milieu des années 90 enfin, Mathieu écrit et compose un premier
disque, intitulé «Baptême», et choisit M, ce pseudonyme
minimal: «Parce que dans "M" il y a "amour". Et
l'amour c'est mon moteur. Ce n'est pas pour dissimuler mon identité,
même s'il n'est pas toujours évident d'être le fils de...»
C'est poussé par un sentiment tendre dans l'espoir de consoler une
amie dépressive qu'il parvient à écrire, composer et
enregistrer la totalité des chansons contenues dans ce premier disque
aux rythmes funky qu'accompagnent des paroles poétiques, loufoques
et ludiques: «Ce sont des moments de vie, une succession de petits états
d'âme. J'essaie de décrire ces événements absurdes
ou désuets que l'on peut vivre parfois.»
L'album l'a entraîné de concert en concert (avec un violoncelliste
et un batteur) et lui a valu d'entrer en compétition pour une victoire
de la musique dans la catégorie espoir aux côtés de Mano
et Faudel, ce petit prince du raï qui a finalement raflé le trophée.
C'est sans regret; de toute manière Mathieu n'en demandait pas tant.
Dès son plus jeune âge, son père l'a mis en garde, lui
inculquant quelques règles, qu'il a parfaitement assimilées:
«Je n'ai pas envie de me trouver au sommet d'une montagne en pensant
qu'il n'y a plus qu'à dégringoler.» Avant de se concentrer
sur ce second opus, Mathieu a répondu à l'appel d'une certaine
Vanessa Paradis qui, négligemment, sur son répondeur, lui demandait
audience. Dès les premiers instants, un courant de sympathie s'est
installé entre le superhéros et la mégastar; Mathieu
s'est mis au travail, inspiré par cette muse en mal d'auteur-compositeur.
Il a inventé quelques morceaux tandis qu'elle tentait pour la première
fois de rédiger ses propres paroles sous la pression de son nouveau
partenaire. Puis elle a fait un bébé, lui s'est concentré
sur sa propre carrière, et l'albumest resté à l'état
de maquette en attendantson heure. Peut-être succédera-t-il à
«Je dis aime», ce deuxième essai signé M qui confirme
le talent naissant déjà perceptible au moment du «Baptême».
Sophie Delassein
«Je dis aime» (Delabel). Concert le 23 novembre à l'Elysée-Montmartre,
72, boulevard Rochechouart, 75018 Paris.
Fils du chanteur Louis
chedid, petit-fils de la romancière et poétesse Andrée
chedid, Matthieu Chedid est né le 21 décembre 1971 et a signé
son premier album, «Baptême», en 1997.
Sophie Delassein
paru 21 octobre 1999