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-M- le Baptême



" M comme amour. Il l'évoque plus que le A d'amour parce qu'on l'entend. Je joue beaucoup avec le j'M, j'Mpas!" M comme Mathieu. Comme musique. Mathieu Chédid est un jeune homme bien sous tous rapports, guidé par la passion de la musique et par une soif de vivre incommensurable. Ses musiques, à l'image du jeune homme sage qu'il n'est pas, pétillent d'insouciance, d'insolence, s'amusent de combinaisons harmoniques
surprenantes et déconcertantes. On a du mal à reconnaître chez ce garçon réfléchi, posé, celui qui, quelques instants plus tard, jaillit sur scène tel un diablotin de la boîte de Pandore. Dédoublement de personnalité parfaitement maîtrisé et qui, au bout du compte, l'aide un tant soit peu à construire sa propre identité. Unjeu dont lui seul détient les règles: "Sur scène, je suis arrogant, alors que je ne le suis pas dans la vie. Je me déguise, je déguise ma personnalité. Je me maquille, me coiffe pour ressembler à ces héros de bande dessinée qui ont bercé ma jeunesse. Même si je ne m'envole pas encore!"

Son album, "le Baptême", est trop Mathieu Chédid à son goût, pas assez M. C'est donc sur scène que ce trublion se débarrasse de toutes ses inhibitions. Mais n'allez pas croire qu'il y fait le pitre: il éprouve trop de respect envers son prochain pour qu'on puisse penser un seul instant qu'il se fiche du monde. Au contraire:"En réalité, je suis tellement ému que des gens viennent m'entendre sur scène que je n'ai qu'une envie: les voir repartir avec des souvenirs plein la tête. C'est vrai, je peux m'arrêter au milieu d'une chanson pour aller pisser. C'est plutôt de l'autodérision. De toute façon, j'ai besoin de me surprendre pour surprendre les autres."
Malgré le nombre de scènes à son calendrier, les concerts de M se suivent et ne se ressemblent pas."Le plus étrange, c'est que je fais rire les gens, alors que je suis plutôt du genre sinistre."Un bien grand mot pour un personnage aussi attachant. On pencherait davantage pour un certain cynisme, à la Coluche, qui vous donne envie d'agir et de réagir malgré un énorme sentiment d'impuissance. Histoire de génération?Sur son métier, il porte un regard lucide, sachant pertinemment que "la forme l'emporte sur le fond. L'emballage brillant et parfait, tout cela mène à la prétention. Le talent... C'est drôle comme les choses les plus intéressantes en matière de création n'ont qu'un succès d'estime, pas commercial. La qualité traverse le temps, dit-il dans un sourire pensif. Alors, j'attends le début du siècle à venir: il y a tant à faire bouger. J'éprouve le besoin de changer les choses, artistiquement et plus. Alors, si je peux aider"... M se prend à rêver que tous les artistes de sa trempe, les Mathieu Boogaerts, Faudel, Sinclair, De Palmas, les Verts Coquins, Gérald Toto, se donnent la main.
Jamais en panne d'inspiration, ouvert sans complexes à toutes les musiques, il parle de son père avec une affection non feinte : "Cela doit lui faire drôle de voir son fils ainsi. Ça doit lui rappeler plein de choses. Nousavons des rapports plus fraternels et amicaux que paternels et filiaux. Sûrement à cause de cette passion commune. J'ai peut-être plus de technique, mais lui travaille les mots... Finalement, nous sommes assez complémentaires. Mes parents m'ont toujours soutenu. C'est une chance." Du coup, j'ai revu Louis Chédid, au moment de la sortie de son dernier album, dans un café de Montparnasse, quand son regard s'est allumé à l'évocationde son fils...

Paru dans l'édition du 15 avril de l'"Humanité"

par Hamza Azouaoui


   
   
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