
Son album, "le Baptême",
est trop Mathieu Chédid à son goût, pas assez M. C'est
donc sur scène que ce trublion se débarrasse de toutes ses inhibitions.
Mais n'allez pas croire qu'il y fait le pitre: il éprouve trop de respect
envers son prochain pour qu'on puisse penser un seul instant qu'il se fiche
du monde. Au contraire:"En réalité,
je suis tellement ému que des gens viennent m'entendre sur scène
que je n'ai qu'une envie: les voir repartir avec des souvenirs plein la tête.
C'est vrai, je peux m'arrêter au milieu d'une chanson pour aller pisser.
C'est plutôt de l'autodérision. De toute façon, j'ai besoin
de me surprendre pour surprendre les autres."
Malgré le nombre de scènes à son calendrier, les concerts
de M se suivent et ne se ressemblent pas."Le plus
étrange, c'est que je fais rire les gens, alors que je suis plutôt
du genre sinistre."Un bien grand mot pour un personnage aussi
attachant. On pencherait davantage pour un certain cynisme, à la Coluche,
qui vous donne envie d'agir et de réagir malgré un énorme
sentiment d'impuissance. Histoire de génération?Sur son métier,
il porte un regard lucide, sachant pertinemment que "la
forme l'emporte sur le fond. L'emballage brillant et parfait, tout cela mène
à la prétention. Le talent... C'est drôle comme les choses
les plus intéressantes en matière de création n'ont qu'un
succès d'estime, pas commercial. La qualité traverse le temps,
dit-il dans un sourire pensif. Alors, j'attends le début du siècle
à venir: il y a tant à faire bouger. J'éprouve le besoin
de changer les choses, artistiquement et plus. Alors, si je peux aider"...
M se prend à rêver que tous les artistes de sa trempe, les Mathieu
Boogaerts, Faudel, Sinclair, De Palmas, les Verts Coquins, Gérald Toto,
se donnent la main.
Jamais en panne d'inspiration, ouvert sans complexes à toutes les musiques,
il parle de son père avec une affection non feinte :
"Cela doit lui faire drôle de voir son fils ainsi. Ça doit
lui rappeler plein de choses. Nousavons des rapports plus fraternels et amicaux
que paternels et filiaux. Sûrement à cause de cette passion commune.
J'ai peut-être plus de technique, mais lui travaille les mots... Finalement,
nous sommes assez complémentaires. Mes parents m'ont toujours soutenu.
C'est une chance." Du coup, j'ai revu Louis Chédid, au
moment de la sortie de son dernier album, dans un café de Montparnasse,
quand son regard s'est allumé à l'évocationde son fils...
Paru dans l'édition
du 15 avril de l'"Humanité"
par Hamza Azouaoui