
M comme aime
De son père Louis, le chanteur, il a des airs de matou indolent; de sa grand-mère Andrée, l'écrivain, une retenue courtoise. Et, comme personne, une voix haut perchée d'adolescent qui hésite encore à muer. A 26 ans, à la ville, Matthieu Chédid est un enfant réservé; sur scène, M (pseudo qu'il s'est choisi pour sortir son premier album, «le Baptême») est un rocker déjanté. Rencontre avec docteur Chédid et Mr M.
Le Nouvel Observateur. -M comme...
M. - Comme «aime». J'ai écrit mon premier album à la suite d'une déception amoureuse. Je porte la lettre de l'amour parce que tout y est lié.
N. O. -Peu de chanteurs portent leur nom dans leur coupe de cheveux.
M. - Pour les concerts, je me coiffe en M et je mets une tenue rouge de super héros afin de me mettre dans la peau du personnage. C'est tout un conditionnement psychologique. Je ne cherche pas à jouer un rôle, je reste très naturel, mais c'est comme si je me permettais alors des choses que je ne me permets pas dans la vie. Sur scène, je fais rire les gens, alors que je peux ne pas ouvrir la bouche au cours d'une soirée.
N. O. -Est-il plus facile de se faire une initiale qu'un prénom?
M. - Une lettre a quelque chose d'impalpable, d'impersonnel, et il est plus dur de la faire exister. Si je m'étais appelé Matthieu Chédid pour ce premier disque, j'en aurais certainement vendu plus, mais je n'avais pas envie de choisir la facilité. M est un masque. Pas par rapport à ma famille mais à cause de ma propre timidité - même si elle s'estompe avec le temps. J'assume très bien ma grand-mère et mon père. J'aime beaucoup ce que fait mon père et lui respecte aussi ce que je fais. Nous avons un rapport assez fraternel, bizarrement.
N. O. -Vous avez participé en tant que musicien aux albums de Philippe Chatel, Nina Morato, Sinclair, Mathieu Boggaerts, NTM, etc. Et maintenant vous travaillez avec Vanessa Paradis. M n'a jamais été maudit...
M. - C'est vrai que pour l'instant ça va. C'est une évolution tranquille à l'échelle de mon travail: j'ai participé à une vingtaine d'albums, fait plus d'une centaine de concerts. J'ai commencé la guitare à 12 ou 13 ans et j'ai pu en vivre à 18. Mais mes parents ne m'ont jamais poussé. Mon père a dû m'apprendre un accord de guitare, pas plus.
N. O. -Comment est née l'idée d'un album avec Vanessa Paradis?
M. - Vanessa, que je ne connaissais pas, cherchait des gens pour faire son prochain disque. Elle a entendu à la radio par hasard «le Baptême» et l'a trouvé plutôt bien. Elle m'a appelé pour me demander de faire une chanson ou deux. Ce qui m'amuse, c'est qu'elle participe vachement aux compositions. C'est elle qui a trouvé des mélodies et nous avons écrit des textes ensemble. Nous avons déjà 3 ou 4 morceaux mais je ne ferai pas l'album entier. Là, tout est arrêté parce qu'elle tourne un film.
N. O. -Diriez-vous comme Gainsbourg que «Paradis c'est l'enfer»?
M. - Quand on s'est rencontré, on s'est rendu compte qu'on était voisins à la campagne et on s'est beaucoup vu. Une amitié est née comme ça. Elle est venue plusieurs fois à mes concerts. Elle a vécu des choses très différentes de la plupart des gens de notre âge, pourtant, elle reste d'une simplicité et d'une humanité totales. Elle a de bonnes valeurs.
Corinne Renou-Nativel
paru le 30 juillet 1998