Est-ce pareil pour ses musiciens ?
Dans ce fonctionnement
les musiciens ont un travail qui est différent du sien. Ils ont une
mise en place, puis un certain recul. Ils ne se mettent jamais complètement
en avant. Sauf pour le morceau de Vincent Segal, un solo de violoncelle :
un truc énorme ... Sébastien Martel a une Gretsch et une Télécaster,
des guitares aux sons très particuliers, qui sont assez agressives,
quand on les joue tout seul dans un ampli. Au travers du mix c’est plus
probant. Si tout le monde joue à fond effectivement la guitare Télécaster
n’est pas si prêtée, la Gretsch aurait plus de corps. Tu
vois, Sébastien Martel, il a un chapeau sur scène, il doit passer
la sangle sous le chapeau chaque fois qu'il la met ou qu'il l'enlève…
Essaye de le faire devant ta glace et tu verras que c’est pas facile
. Utiliser cette Gretsch c’est un atout pour lui, tout comme son chapeau.
Ca pose sa propre personnalité, ça fo!rme un tout dans lequel
le musicien se retrouve. Sans ça il est perdu. L’instrument fait
partie de l'ensemble, mais ce n'est jamais lui qui définit les choses.
Depuis combien de temps exercez vous ?
J’exerce depuis
vingt-deux ans. J’ai commencé à quatorze ans. Faute de
moyens : j’avais pas d’argent pour m’acheter ma première
guitare : je me la suis fabriquée. Je ne dirais pas que j'étais
devenu luthier pour autant... J’ai surtout rencontré un milieu
de gens qui jouaient de la guitare, mais à l'époque j’étais
tellement mauvais (rires) …Je me suis dit il y a sûrement une
façon d’atteindre ce milieu. C’était facile alors.
Aujourd’hui c’est beaucoup plus dur car il y a énormément
d'appelés et peu d’élus. Quand on est jeune on n'est pas
bon. On ne peut pas s’installer luthier du jour au lendemain. Il faut
du temps pour acquérir de l’expérience, plus que trois
ans d’école - quand on trouve une école, car il n’y
en a pas en France à l’heure actuelle ; on te propose seulement
des stages. En fait,! il y a une école qui s’appelle l’ITEMM,
au Mans, mais ce n’est pas une école de lutherie.
Pour vous, qu’est ce qu’un luthier ?
Je considère qu’être
un luthier, c'est être capable de fabriquer un instrument complet, du
début à la fin. J’ai fait des tas d’expériences,
des tas d’instruments qui n’ont jamais fonctionné, qui
sont toujours chez moi. Ce sont des prototypes, des concepts, des idées
que l’on essaye de valider. Un luthier est quelqu’un qui a de
l’expérience, ça fait toute la différence entre
une bonne et une mauvaise guitare. Le son est effectivement important, mais
aussi le fait d'avoir un instrument confortable, qui te plaît, que tu
as envie de toucher, et de revenir aux règles d’esthétique,
qui comptent beaucoup aussi. Si, quand tu le prends en main, tu te sens bien
dessus, le son te vient forcément en même temps ; alors que même
avec ces caractéristiques, un instrument injouable ne sonnera jamais.
Et tu ne seras jamais à l’aise avec.
Au niveau de la lutherie nous avons longtemps essayé de faire du sur
mesure , d’écouter le client. Le problème c’est
que le client ne sait pas ce qu’il veut : ce qu’il veut c’est
un fantasme. L’expérience prouve qu’au bout d’un
moment, tu finis par proposer au client de choisir pour lui ses micros, ses
frettes... Nous de toute manière on impose. C’est comme cela
qu’on finit par avoir quelque chose de cohérent. C’est
une collaboration basée sur une confiance énorme.
Quel a été le déclic qui vous a poussé à exercer ce métier ?
C’est une histoire de campagne, car je viens d’un petit village de province. Mon institutrice venait de Paris, accompagnée de son mari, qui fabriquait des guitares. Et comme dans ces villages de province on s’ennuie plutôt qu’autre chose... c’est ainsi que je l'ai découvert. Contrairement à beaucoup de gens aujourd’hui pour qui avoir envie de devenir luthier est passionnel. Alors que pour moi c’est une histoire de rencontre. Parlons de Dominique, lui aussi c’est une histoire de rencontre, même s’il avait déjà commencé à bidouiller des instruments. Nicolas était guitariste avant. Il s'y est mis lorsqu'il a eu des problèmes sur sa guitare, puis il a bidouillé les guitares de ses potes… A Paris, Nicolas était dans un milieu appelé le Centre Américain . C’était un endroit où les guitaristes acoustiques français et américains se donnaient rendez vous et! faisaient des concerts.


