De plus en plus de jeunes et moins jeunes veulent devenir luthiers. Comment expliquez vous ce phénomène, alors que le monde de la lutherie de guitare est très fermé ?

Le problème c’est la passion. N’importe qui peut apprendre à faire un instrument, à régler une guitare - ou d’autres instruments, car il n’y a pas que la guitare . Il y a aussi les autres cordes, avec le prestige du quatuor : violon, alto, violoncelle, sans oublier la contrebasse, qui bénéficient d’une aura vieille de deux, trois ou quatre cents ans. Alors que pour la guitare acoustique et électrique , il y a peu de place si l'on veut en vivre. Pour le faire de manière passionnelle , il n’y a aucun problème, mais pour gagner sa vie dans le temps, il faut d'abord apprendre, ensuite être assez bon. Et puis la lutherie c’est pas seulement fabriquer une guitare. C’est la proposer à des gens, communiquer, faire des photos, et aujourd'hui utiliser le net …. Alors que l’on a l’impression qu’il s’agit d’un monde fermé, ç’est en réalité en !connexion avec pleins de métiers. On s’imagine que c’est de l’art et que c’est facile à partir du moment où l’on sait faire une guitare. Une guitare faut savoir la fabriquer , mais il faut aussi savoir la vendre. La preuve, on a beau cumuler à nous trois soixante ans d’expérience, ç’est seulement aujourd’hui que l’on est reconnus, avant on a eu une dizaine d’années de galère...
C’est pour cela que je ne dis jamais à quelqu’un qui a envie de devenir luthier «Vas-y», je lui dis «Fais attention, si c’est une passion vas-y, mais si tu comptes gagner ta vie après 3 ans de formation..» C’est comme les gens qui sortent des écoles, les plus assidus montent une boutique, fabriquent des guitares et trois ans après ils ferment. C’est pas un milieu facile du tout. Surtout qu’il y a une concurrence énorme avec les Etats-Unis , qui ont une "culture guitare" beaucoup plus importante que la France. Il y a aussi la concurrence asiatique qui arrive à faire des prix défiant toute concurrence : pour trois cents euros tu as une bonne guitare, alors que ç'est impossible pour nous : ce n’est même pas le prix des matériaux ! il faut compter six cents euros minimum pour commencer à fabriquer une guitare avec deux pièces…. Trois cents euros c’est impossible.
C’est pour cela qu’il faut une valeur ajoutée et une notoriété. Nous avons la chance de travailler avec ..........et d’autres musiciens, c’est là-dessus qu’on a assis notre réputation. Et puis il y a les guitares techs, quand le guitariste est prêt à monter sur scène, le guitare tech lui change ses cordes…. C'est avec ces gens-là que l'on a aussi des rapports fructueux dans le monde des artistes. Tof(Christophe Merlaud), tu le connais? Il nous apporte les guitares, on les règle ensemble. Il doit être capable de démonter la guitare pour la moindre panne, il faut qu’il connaisse par cœur son environnement. Avec.........., Tof a souffert. C’est compliqué quand tu as vingt guitares et qu’il n’y en a pas deux pareilles : il faut trouver des solutions tout le temps et être efficace. Tof m’a appelé une fois à deux heures du matin à la maison, paniqué! parce qu’il ne trouvait pas la panne pour le concert du lendemain... Après, il y a le bouche à oreille, on ne fait jamais de pub. La pub coûte très cher et attire beaucoup de gens qui n’ont pas compris qu’on ne faisait pas des guitares à trois cents euros.
Intervention de Dominique : "C’est pas de la belle tête ça?(en parlant d’une tête de guitare Rickenbacker)…. Il veut la jeter cette andouille!! "
D’un autre côté je suis triste qu’il n’y ait pas de volonté de notre part de transmettre un certain savoir. Mais le problème, c’est que ce savoir évolue tellement vite ! Je me souviens, j’ai commencé sur des machines vieilles de quarante ans, alors que je n’avais que quinze ans : C'était il y a une vingtaine d'années... tout ce temps sur le marché du travail, c’est complètement délirant !

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Questions proposées par Jacques Carbonneaux
Pour toute information supplémentaire : www.dngguitares.com