LES ARTICLES DE PRESSE

M
M le flamboyant et
Mathieu l'artisan

Qu’est-ce que c’est ? Un oiseau, un avion, Superman, l’enfant illégitime de Jimi Hendrix et Catherine Ringer, un clone de Kiss issu de la génération Casimir ? Mais non ma mie, juste monsieur M qui meut et émeut une mouvante meute de matous et de mignonnes massivement massés. Dès qu’il sortira de scène, avant même que le gel Xtra fort de sa coiffure méphistophélique et cursive ne se soit liquéfié dans la sueur, M le flamboyant redeviendra Matthieu Chedid l’artisan perfectionniste. Les deux partagent la même forme d’humour, une nature généreuse ainsi qu’un goût vestimentaire discutable (redingotes clinquantes pour le premier, jean et vieux pull pour l’autre).

M est beaucoup plus extraverti que Matthieu. Matthieu a confié à M la charge d’assumer ses fantasmes d’adolescent timide. Mais c’est Matthieu qui tient les rênes et M n’existe que sur les planches. La vision, à laquelle personne ne croyait au début, est devenue une évidence. M est désormais l’un des artistes les plus populaires de sa génération, mais surtout il a gagné une reconnaissance unanime. D’un public qui n’est plus seulement celui des étudiants, et qui ne se limite pas plus aux adolescents dont il pourrait être l’emblème, des musiciens qui reconnaissent son talent d’instrumentiste, des amateurs de sonorités pointues qui apprécient la liberté de ses concerts, et bien entendu des professionnels de la profession qui n’imagineraient plus de le siffler comme lors de la remise de ses deux Victoires de la musique en 2000 (Victoires attribuées grâce à d’autres professionnels plus clairvoyants).

M est un accident, pourtant. Le fils de Louis Chedid a très vite su qu’il serait musicien, qu’il vivrait de sa guitare. Sûrement pas qu’il serait reconnu en tant que showman et encore moins en tant que chanteur. C’est aussi pour cette victoire sur soi, cet exemple d’épanouissement qui ne vire pas à l’égocentrisme, que le personnage est éminemment sympathique. Dans un sens, M est typique des plus estimables musiciens de sa génération, il a construit les bases de son succès par la scène qu’il considère comme l’essence même de son art, il enregistre ses albums dans son studio personnel et il revendique une liberté artistique qu’on ne lui discute pas.

Mais il est arrivé dès le départ avec un concept bien plus élaboré que les autres.Et la fidélité de ses amitiés a construit autour de lui une équipe extrêmement soudée, qui lui permet d’avancer rapidement dans l’exploration d’un univers cohérent. Même si elle a récemment abordé par la bande des thèmes plus graves,la musique de M a pour mission d’alléger l’insoutenable pesanteur du quotidien. Pas en l’oblitérant, mais en refusant de n’en exposer que ses facettes dramatiques. Une forme d’optimisme conscient et fédérateur dont l’époque a sûrement besoin. Consensuel et original, audacieux et accessible, généreux et authentique, forcément, on l’M.

Philippe Richard
paru en été 2004


 


 
 
 
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