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Sa grand-mère est Andrée Chedid, écrivain et poète d'origine libanaise, née en Egypte comme son mari Louis Antoine, un scientifique de renommée internationale. Elle est l'auteur de L'Autre (Flammarion). Son père est le chanteur Louis Chedid (Anne, ma sœur Anne, Bouc-Bel-Air). «Matthieu devait se désolidariser du nom Chedid pour trouver sa place», appuie sa sœur Emilie, son aînée d'un an. M s'est épanoui dans la virtualité et l'ère Internet. M comme modernité. Et aussi D comme double.
«Car les trentenaires sont obsédés par le clone, le jumeau», juge Vincent Grégoire, «chasseur de tendances» au bureau de style Nelly Rodi. «En ce sens, commente-t-il, Matthieu Chedid est plus intéressant qu'un chanteur contestataire. Cette génération a besoin de raconter des histoires, de créer des climats. Aujourd'hui, les espaces publics - restaurants, bars, boutiques - deviennent des cathédrales. Et les espaces privés - corps, voiture - se transforment en petits théâtres.» Ainsi, le décor des concerts de Matthieu Chedid est un appartement avec tapis, télé, réfrigérateur... La «maison» de Matthieu, ouverte à tous pour 36 € TTC au maximum, est un nid de bien-être et de sécurité. «Ses concerts sont des pilules de Prozac», lance une fan. «En entrant dans cette bulle, on efface nos problèmes», ajoute un autre.
Ce rempart contre le réel est typiquement adolescent, bien sûr. Et Matthieu ne renie pas cet état qu'il n'a pas vraiment quitté depuis ces années 1980, où il vivait «déjà dans le fantasme».
«J'étais mal dans ma peau, se souvient-il. Surtout, je rêvais ma vie. En allant me coucher, je me répétais: «Plus tard, je dirai ça, je ferai ça, et puis la réalité me tombait dessus.» Petit, Superman l'a «survolté». Clark Kent, le journaliste introverti, enfile en un éclair sa combinaison rouge et bleu. Matthieu, lui, devient M en dix minutes, avec du gel coiffant et collant - qui l'a déjà empêché en plein concert de jouer de la guitare - et des fringues chinées aux puces.

«Au départ, je pensais qu'il serait comédien, raconte Emilie Chedid. A 14 ans, on suivait des cours d'art dramatique au collège, son potentiel était énorme. Dès qu'il montait sur scène, les gens étaient morts de rire.» Avec le Caméscope de Louis, Matthieu et Emilie réalisent alors des parodies de Tournez manège et des sketches dans lesquels il porte collant et maquillage. «Ça l'a décomplexé, ajoute Emilie. Mais il y avait l'attraction de Jimi Hendrix et Django Reinhardt.»
Un jour, dans la maison de campagne des Souchon, amis de la famille Chedid comme les Dutronc-Hardy, Matthieu s'amuse avec la guitare d'Alain. David McNeil, chanteur et écrivain, qui passe le week-end là, lui apprend trois accords, «et alors, j'ai joué cinq heures d'affilée», dit-il. Enfant de la nouvelle chanson française, Matthieu a grandi avec «ces amis de [s]on père un peu particuliers qui sont aussi pas mal acteurs dans la vie. Cela m'a sûrement donné une force, des repères très sérieux et la preuve que l'impossible n'était pas inaccessible». Matthieu garde le souvenir récurrent des concerts de Souchon vus 15 soirs de suite au Casino de Paris: «J'ai eu le déclic.» Et lorsqu'il gagne ses victoires, Dutronc lui glisse: «Je suis fier de toi.»
Tombé dans la guitare à 13 ans, Matthieu Chedid fonde avec d'autres «fils de», Pierre (Souchon) et Julien (Voulzy), les Poissons rouges. Au fil des concerts, il noue de nouvelles amitiés, notamment avec un certain Mathieu Boogaerts, figure lunaire de la chanson contemporaine. Les deux Mat(t)hieu vont entretenir des liens «de frères ennemis», à la Souchon-Voulzy. «C'est un onirique psychédélique», dira de lui Boogaerts, qui lui consacre une chanson, Matthieu (2002). Le tandem - tant d'M - dure depuis vingt ans. Car Chedid est un fidèle. La même bande, tribu ou troupe l'entoure sur disque ou sur scène depuis ses tout débuts: Goldet, Martel, Segal, Stremler, Atef, Shalom... Ce sont des amitiés forgées dans le rock.

Un soir de Fête de la musique, en 1990, il a 18 ans et reprend Hendrix quai des Grands-Augustins, à Paris. Jérôme Goldet, 20 ans, qui sillonne le Quartier latin avec sa basse sur le dos, propose de se joindre à lui. Ils joueront toute la nuit. Goldet a formé au lycée le groupe Vercoquin avec deux potes, Thierry Stremler et Séb(astien) Martel. «J'ai senti qu'il allait cartonner, appuie Goldet. Il avait de l'humour, une vivacité d'esprit: ce côté exclusif qu'il a lorsqu'il s'adresse à vous... Lui et moi, on est un peu comme des amis d'enfance sauf qu'on s'est rencontré à 20 ans.»
On est de vieux copains d'école, celle que l'on s'est inventée, renchérit Séb Martel, parrain de la fille de Matthieu, Billie - comme Billie Holiday - 18 mois. La première chose qu'il a faite à la fin de sa dernière tournée, ça a été de rappeler tout le monde. C'était sa façon de dire: «Je suis toujours là pour vous. On s'est entraidés pour arriver où on en est.» Car Martel, Stremler, Segal et Atef ont tous publié leurs propres albums et assuré les premières parties de M.

 

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