Les yeux dans Matthieu
par Hamza Azouaoui
Une équipe filme l’artiste
pendant la conception du dernier album
"Qui de nous deux" et sur scène.
...............................
.M comme Matthieu, Canal Plus,
22 h 30.
. . Pour les inconditionnels de M, ce documentaire
retrace la fabrication de son nouvel album "Qui de nous deux".
L’ambiance intime du film est propice à capter les étapes
de la création, l’écriture des premiers textes et
l’élaboration des mélodies. Le travail de l’artiste
et de l’artisan. Puis la rencontre du public lors de la tournée
" l’Avantour ". Un véritable plébiscite
pour cet artiste inclassable de la scène musicale française.
Matthieu Chedid est devenu, en six ans, un chanteur et musicien confirmé.
Chacun de ses albums a rencontré un beau succès. Le dernier
s’est déjà vendu à plus de 250 000 exemplaires.
Déjà en 2000, il est récompensé de deux victoires
de la musique : pour le meilleur album, Je dis aime, et le meilleur spectacle.
Et il continue sur cette voie royale. À l’occasion de cette
dernière tournée " l’Avantour ", sur 35
dates de concert, 29 affichent déjà complet. Le plus grand
nombre se presse pour assister à un spectacle surprenant et singulier.
Car ce jeune homme discret et tranquille à la ville se métamorphose
sur scène en M. Une bête de scène, un showman incontesté.
Un personnage tout simplement unique et singulier. Coiffure typographique
et veste de rock-star, il est la synthèse d’un super-héros
d’une héroïque fantasy et d’une pop-star des seventies.
Dans son habit de lumière et par sa voix aiguë, si inhabituelle
et toujours surprenante, il électrise les foules. Ses concerts
sont autant d’invitations à entrer dans son univers. Où
se côtoient Peter Pan et Jimi Hendrix. Un éternel adolescent
maniant la guitare de façon impressionnante. Il semble d’ailleurs
vouloir cacher son génie derrière son sens de l’humour
et de l’autodérision. Histoire de démystifier l’icône
de la star inaccessible. Et, surtout, donner la pleine mesure de son talent.
Sans garde-fou. Le public, déjà conquis par tant d’humilité
et par un groove à renvoyer Prince à ses études,
se laisse guider et, définitivement, entre dans son monde. Du moins
sa maison, puisque la scène est décorée comme un
appartement, avec frigo, tapis, luminaire kitsch. Où le groupe,
une bande de joyeux drilles, telle une troupe de théâtre
visuel et sonore, propose des improvisations de chorégraphies rudimentaires,
incite le public à monter sur scène. Une énergie
communicative et une bonne humeur contagieuse marquent les participants
de ce spectacle interactif. Où d’aucuns retrouvent par moment
un Ziggy Stardust ou un Sergent Peppers des plus belles heures. Cependant,il
serait tout à fait réducteur de penser que l’artiste
est simplement un émule influencé des plus grands. Il réinvente
la pop music et y introduit, par exemple, un violoncelle, gage de sonorités
nouvelles. Comme une réminiscence de ses origines orientales bercées
par Lili Boniche et Oum Kalsoum. Le résultat en est une éuvre
expérimentale de haute volée. Chaleureuse et généreuse
à l’image de ce garçon dont les qualités musicales
et les prestations scéniques ne sauraient taire le texte de ses
chansons. Parfois légères,toujours subtiles et quelquefois
profondes. Comme l’emblème de son époque revenu de
tout idéal politique ou autre, il chante le festival de connes,
les cornflakes, le sida de façon subtilement allusive. Devenu un
jeune papa, il est à parier que sa dimension poétique n’en
sera qu’enrichie.
Cet artiste complet a collaboré avec Vanessa Paradis,Charlotte
Gainsbourg et plus récemment avec Magyd Cherfy sur son album la
Cité des étoiles. Irrémédiablement lunaire,
M ?
Le fils de Louis Chedid chanteur et petit-fils d’Andrée écrivain,
ses illustres ascendants, s’est fait moins qu’un prénom,
seulement une initiale, un M loin de tout anonymat et pourtant si proche.