LES ARTICLES DE PRESSE

Et sa part de rêve ?

....... .Sans doute. Je pense qu'il existe aussi chez moi une certaine forme de mélancolie sous-jacente. Je ne suis pas quelqu'un uniquement positif et joyeux. Si on gratte un peu, j'ai même des chansons plus sombres, mais traitées en général d'une manière suggérée, plus qu'assénée... ça n'est pas un hasard si les univers de David Lynch et Tim Burton me touchent tant : la façon dont ils traitent l'onirisme, le subconscient évoque en moi des choses très fortes.

Vous parlez du succès comme d'un «accident», mais celui-ci perdure.

..........Etant né dans la musique, je sais la difficulté d'exister. On est quand même beaucoup à faire ce métier et je ne peux pas m'empêcher de trouver ce qui m'arrive «anormal», «illogique». Il existe tant d'artistes avec énormément de talent qui, eux, ont du mal. J'adore Marcel Kanche, Mathieu Boogaerts est un peu comme un frère musicien et c'est vrai que je me sens un peu mal à l'aise de voir qu'il n'a pas la même reconnaissance. Je n'ai jamais pensé être le meilleur, mais j'ai gagné en confiance. Du coup, je me sens «à ma place», sans perdre de vue l'aspect éphémère, dérisoire aussi, de ma situation.

Quel est le statut de Matthieu Chédid sans la panoplie de M ?

........Je protège ma famille. Ma femme et ma fille ne doivent pas trop subir les conséquences de toute cette violence égocentrique liée au succès. On donne une grande énergie au public, alors il y en a moins pour les proches et, dans le quotidien, il faut savoir le gérer. J'ai vu tant d'artistes grisés qui ne redescendaient jamais, ça n'est pas des gens que je sentais très épanouis.

Vous avez une revue de presse colossale et pas le moindre défaut, ni reproche à l'horizon. Ça en devient presque louche.

...........J'ai plutôt tendance à tirer les gens vers le haut, à être positif. Je n'aime pas qu'on me déteste et ne comprendrais pas trop de générer de la méchanceté. Maintenant, dans ma grande douceur et gentillesse, je sais aussi être quelqu'un de difficile à vivre, surtout si je suis totalement absorbé par un travail qui ne concerne pas mon entourage.

Vincent Delerm dit : «En studio, on fait ce qu'on veut, sur scène, on fait ce qu'on peut.» Et vous ?

...........Avec toute l'admiration que j'éprouve pour lui, je pense exactement le contraire. Je suis dans la recherche de ce qui m'échappe et sais que cette forme de vérité, c'est surtout sur scène que je vais la trouver. Dans une certaine urgence où je me sens à l'aise, avec souvent le sentiment de tomber juste. Tandis qu'en studio, je me méfie de cette possibilité offerte de délaver une idée à l'infini, sans finir par la dénaturer. Je ne suis pas quelqu'un qui flambe. Impossible dans le privé de me demander de faire le malin debout sur une table, je n'y arriverai pas. Alors que, sur scène, j'ai vite été habité par une confiance anormale. Moi qui ne suis pas spécialement croyant, je peux dire que la musique m'a donné une certaine forme de foi. Sinon, à force de courir comme un fou et de m'arrêter à un centimètre du public, il y a longtemps que je me serais déjà ruiné.

D'un point de vue pratique, comment abordez-vous la vie en tournée ?

Je suis à la limite de l'assistanat total, presque pathétique ­ je n'ai pas peur d'envoyer quelqu'un m'acheter un slip ­ en me disant que ces détails de vie économisés, je les garde pour le public. Et puis il y a le rituel : une sieste avant le concert, dix-quinze minutes, parfois plus. La présentation sur scène de la première partie, puis la transformation psychologique et physique de Matthieu en ........... Ça prend trois quarts d'heure, une heure, si je n'avais pas ce moment-là, ce serait trop violent de passer de l'un à l'autre. Pendant le concert, je n'enlève jamais ma veste, quitte à être en eau, sous une chaleur monstrueuse. Même si c'est pas beau à voir, je préserve le côté «iconifiable» du personnage. Après le show, je me retrouve seul dans la loge, je me douche, me rhabille et c'est comme si ............s'était enfui.


 

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