Au moment où il s’arrête à négocier le virage le plus important de sa carrière, Matthieu Chedid parle à Wanted de l’avenir de ........: son personnage peut-il encore surprendre ? Sa fin serait-elle déjà programmée ? Les réponses de l’intéressé.
Wanted : Tu vas
bien remplir trois Bercy, tu as souvent évoqué la notion de
trilogie en parlant de. . ..Où en es-tu,
philosophiquement, et sais-tu de quoi l’avenir sera fait ?
………….. Honnêtement,
je suis trop ancré dans le présent pour te dire de quoi sera
faite la suite. Je suis un peu nostalgique des choses, de manière générale
: je sais que c’est maintenant que ça se passe, que si –M-
doit exister, c’est aujourd’hui et pas demain. C’est le
plaisir qui me guide. Pour l’instant c’est cohérent, et
j’ai l’énergie qu’il faut pour continuer comme ça.
Peut-être un jour aurais-je moins de plaisir, ou moins l’envie
de porter ce personnage, qui est aussi porteur que lourd à porter.
J’aime l’idée que ce personnage est rempli de contraires,
de contradictions, comme n’importe qui, finalement. Ce qui est certain,
c’est que tout aussi vrai qu’il y a eu le baptême (son premier
album), la fin de –M- sera symbolisée par un disque, une théâtralisation,
une chanson, quelque chose de fort. C’est une histoire qui va s’interrompre,
il faut que ce soit beau et symbolique.
Au
moment de Qui de nous deux, tu avais un peu botté en touche sur cette
question. Elle est depuis latente, revient-elle fréquemment dans tes
pensées ?
.......... «Qu’est-ce que j’ai
généré sur Qui de nous deux?», c’est vraiment
cette question. Je me la suis posée de manière quasi essentielle,
au point de la conserver comme titre final de l’album. Ca prouve en
tout cas que dans ce parcours, j’ai pris le temps de me poser la question.
Je ne l’ai pas évitée, ce qui aurait été
plus facile. Une fois de plus, ma grand-mère m’a aidé,
dans la nécessité d’accepter cette réflexion, en
écrivant «Je me démasque». C’est une fausse
question, car je savais alors déjà que j’allais continuer
–M-. Mais le fait de l’avoir à l’esprit de manière
concrète a pu débloquer des choses. La réponse sera en
tout cas dans le prochain album : «Tiens, c’est Matthieu!»,
ou «Ah, non c’est encore -M-». Et ça, je ne le sais
vraiment pas encore.
Honnêtement ?
......... Je te le jure (sourire).
Faire trois Bercy
est-il un aboutissement pour –M- ? Une salle de cette envergure correspond-elle
à l’univers intimiste développé sur les tournées
précédentes ?
...........J’ai fait beaucoup de festivals,
et sur cette tournée nous avions déjà pas mal, de Zénith,
ce n’est pas comme si l’on passait de petites salles à
des très grandes salles. Quand tu fais les Vieilles Charrues, le Paléo
festival de Nyon et les Eurockéennes, tu as un aperçu de ce
que va donner ton contact avec beaucoup de gens, ce ne sera plus une première
fois. Il restera le côté symbolique d’une grande salle,
où les gens ne viennent que pour toi. C’est impressionnant, mais
si tu commences à l’intellectualiser, tu perds le côté
naturel et ça devient dangereux. Si j’ai envie de surprendre
à Bercy, ce ne sera surtout pas par la surenchère, du genre
on comble le vide en en mettant partout. Je veux faire ce que je fais d’habitude
: les gens viennent pour ça.
Il y a quelque
chose de paradoxal dans ton appréhension de la scène : tu étoffes
ton effectif à chaque tournée, mais tu optimises la prestation
et la présence de ton personnage dans le show, pour finalement prendre
individuellement de plus en plus de plaisir.
......... C’est bizarre, on me l’a
déjà dit… Seul, je ne m’en serais pas rendu compte.
Je n’ai pourtant pas l’impression de laisser moins de place aux
autres. Chacun trouve la sienne, et personne n’est manchot ! Sans aller
jusqu’à me reprocher de vampiriser le show, on m’a fait
remarquer que j’étais quand même très présent.
Je ne crois pas avoir pété les plombs, je pense que c’est
lié au fait que je suis de plus en plus à l’aise, et confiant.
C’est une forme de spirale… Les festivals, je les ai vécus
comme une transe psychologique. Je pense même –peut-être
qu’on se fait un film- qu’on devenait très très
bons. Le fait de répéter, d’être devenu «
tout terrain », car d’un lieu à l’autre tout était
différent. C’est aussi bête que ça : plus tu joues,
plus tu es bon. Il y avait longtemps que je n’avais pas connu cette
sensation de maîtrise.