LES ARTICLES DE PRESSE

Vu le contexte dans l’industrie musicale, j’aurais tendance à imaginer que –M- prendra sa destinée en main, créera son propre label avec Labo –M-, voire cassera son jouet en tournant seul avec une guitare acoustique… Suis-je éloigné de la vérité ?
...........: (Silence). C’est un truc qui est complètement envisageable, oui. Le but ultime de la quête musicale, et c’est le cas des musiciens, qui m’ont fait rêver, c’est de faire des disques sur lesquels tu n’as pas qu’un instrument, mais autour desquels tu as l’impression de pouvoir observer un monde entier. Quand tu écoutes Led Zep, tu n’as besoin de rien d’autre. Pourtant, il n’y a rien, trois instruments, mais une magie inouïe. Autre exemple : Caetano Veloso, le mec est là, avec sa voix et sa guitare, tu as juste envie de demander aux gens qui sont autour de se taire. Un concert guitare voix, , serait pour moi la classe ultime : l’essentiel, sans fioritures. Mais pour l’instant j’ai la chance que les choses soient écrites d’une manière très confortable pour moi. J’ai signé un contrat pour trois albums, je les ai fait. Mon contrat s’arrête à Bercy, je peux faire ce que je veux. Ca tombe au moment de ce tournant industriel, où tout est à faire, où toutes les questions se doivent d’être méditées. J’ai la chance d’être libre à ce moment-là, et celle d’avoir le choix : ai-je besoin d’une major pour me soulager de certaines questions, ou est-ce le moment de voler de mes propres ailes ?


De nombreux artistes commencent à se poser ce genre de questions, et le paysage musical français pourrait être bouleversé très prochainement. Comment appréhendes-tu cette nouvelle donne ?
...........: C’est une question extrêmement délicate, surtout avec cette histoire d’internet. A un moment, j’ai dit : «Vive le piratage !». Et foncièrement, je peux encore le penser…. Il y a ce côté : c’est enfin le public qui manipule les majors, c’est tellement rare dans ce sens-là. D’un autre côté, si plus personne ne doit réussir à vivre de sa musique, c’est violent aussi…. Si on doit s’interdire de signer de jeunes groupes, c’est sclérosant. Il faut faire attention à ce que l’on dit, mais c’est tellement vaste, flou, ouvert à tout, cette histoire de copie, que pour savoir quelle est la solution aujourd’hui, il faudrait être un visionnaire d’exception.

Se dirige-t-on vers une politique du single encore plus outrancière qu’actuellement ? Imaginons le pire : les artistes ne vont plus en studio, car le MP3 ne nécessite pas une prod extraordinaire, ils ne font plus que des singles, sans privilégier l’originalité….Sommes-nous à l’abri de ce genre de désastre culturel ?
.........: D’une certaine manière, c’est déjà le cas. La plupart des gens, aujourd’hui, quand ils écoutent un album, ils écoutent la trois, la huit et la douze, parce que ce sont les trois chansons qu’ils aiment bien. Peut –être même qu’ils écouteront plus jamais de leur vie les autres. On est dans l’éphémère….

L’artiste va-t-il s’interdire de faire autre chose que des singles ?
........... Il faut redonner un sens à la musique. Il n’y a pas si longtemps, tu avais trois vinyles sur ton pick-up, que tu écoutais pendant dix ans : ça créait forcément un rapport affectif à la musique, elle devenait un bout de ta vie. Il est extrêmement difficile de retrouver l’intensité de cette écoute, exclusive et rare. Lorsque nos parents avaient un disque d’Elvis ou des Beatles, c’était une révolution, ils n’écoutaient que ça pendant deux ans. A la limite, ils n’avaient qu’un seul disque chez eux pendant deux ans ! Aujourd’hui, tu peux écouter les vingt-huit remixes de chaque chanson en te connectant à internet, en dix minutes….Et quand des disques ou des concerts sont gratuits, l’état d’esprit n’est pas le même que lorsque l’on paie…. Comme chez le psy, j’imagine. C’est cet investissement personnel qui fait la différence. Ta question, c’est : des gens continueront-ils d’investir affectivement dans ce qu’ils écoutent ? Peut-être sommes-nous tout simplement en train de devenir des «vieux cons»…

Ce constat te fait-il peur ?
............ J’ai peur d’être nostalgique, oui. Exactement comme lorsque ma grand-mère me li un de ses poèmes…. Sa diction, sa manière de poser ses mots, la force et la justesse de chaque mot, tout son savoir-faire en quelque sorte. Quand je vois ça, je suis un peu nostalgique car je ne sais pas si ce savoir-faire perdurera. Tout comme je suis nostalgique à l’écouter d’un vinyle d’une époque révolue, ou en admiration devant sa pochette.

 

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